Rizeres en gradins du Nord Ouest Vietnam

Les rizières en gradins dans la région Nord-Ouest, un labeur de plusieurs générations

Rizeres en gradins du Nord Ouest VietnamLes rizières en gradins sont vraiment un des paysages les plus marquants du Nord du Vietnam. Taillées à flancs de montagnes par les autochtones, les champs de riz du district montagneux de Mù Cang Chai, province de Yên Bai, sont entrés, en 2007, dans la liste des patrimoines paysagers du pays.

Quiconque voyage dans les provinces montagneuses du Nord-Ouest est fasciné par le spectacle grandiose des rizières en gradins vertes quand le riz est jeune et dorées quand il est mûr. Un paysage habituel à Lào Cai, Yên Bai, Hà Giang comme Lai Châu ou Diên Biên, qui fait penser à de gigantesques marches pour géants.

Les auteurs de ces merveilles ne sont autres que des paysans d’ethnies minoritaires, qui se sont passés le relais de génération en génération. Deux défricheurs pionniers, Ho Vang Phu (à Yên Bai) et Ma A Chang (à Lào Cai) se sont remémorés leur long parcours jonché de défis et d’exploits.

Adieu à la vie nomade

À 90 ans, Ho Vang Phu respire encore la santé. Ce vieux d’ethnie H’Mông habite une maison perchée en haut d’une montagne, du village de Trông Tông, commune de Chê Cu Nha, district de Mù Cang Chai, province de Yên Bai. Sa famille est prioritaire d’une « quantité innombrable » de parcelles de rizières en gradins, qui donnent chaque année jusqu’à 15 tonnes de riz et plus.

« Autrefois, les H’Mông ne pratiquaient pas la culture du riz aquatique, mais seulement celle sur brûlis. Il nous fallait changer de lieu souvent parce que le brûlis ne permet de pratiquer que trois ou quatre récoltes successives, et cette vie nomade était dure. Un jour, j’ai eu l’idée de créer des rizières aquatiques capables d’être utilisées toute une vie », se souvient-il. Il s’est mis tout de suite à l’ouvrage, en dépit des sarcasmes de ses proches. Equipé d’une pioche et d’une machette, il a parcouru jour après jour les montagnes, cherchant des endroits peu abrupts traversés par des ruisseaux. Dans l’ensemble, les montagnes de Mù Cang Chai sont assez escarpées et rocailleuses. Les lopins de terre près d’une source d’eau sont souvent étroits. Que cela ne tienne. Le paysan audacieux n’a pas épargné ses efforts, nivelant le terrain, remblayant les diguettes, créant parfois des rizières minuscules « permettant à peine le passage d’un buffle », selon ses termes. La première étape est le débroussaillage et le « désenrochement ». Les gros rochers, il faut les brûler jusqu’à ce qu’ils éclatent. La construction des diguettes et des rigoles d’irrigation n’est pas moins ardue. « J’ai perdu des mois pour aménager une parcelle. Dans certains cas difficiles, il m’a fallu parfois un an, voire deux », révèle le vieux défricheur. Mais l’important, c’est de trouver quel est l’endroit approprié à la culture du riz aquatique. Avec ses yeux d’expert, il peut calculer exactement la capacité d’irrigation d’un lieu. Son fils, Ho Cho Mang, ajoute avec un brin de fierté : « Les habitants de la commune de Che Cu Nha qui veulent créer une rizière viennent souvent demander l’avis de mon père ».

Grâce aux rizières en gradins, les habitants d’ethnies minoritaires de Mù Cang Chai ont pu mettre fin à leur vie nomade. « Mes rizières suffisent pour nourrir ma grande famille de 50 personnes », s’enorgueillit Ho Vang Phu. À l’arrivée de chaque saison de repiquage du riz, il fait abattre un porc, préparer un festin copieux pour s’attirer les bonnes grâces des génies de la pluie, de la montagne, du riz… À la saison des moissons, il dépose sur l’autel des bols contenant du riz nouvellement récolté ainsi que des poulets entiers cuits à l’eau. Manière de remercier les forces occultes et les ancêtres.

Et quand on lui demande s’il sait que ses rizières sont entrées dans la liste des patrimoines paysagers du pays, il agite la tête et répond d’un air ébahi : « Patrimoine paysager ? Qu’est-ce que c’est que ça ? ».

Des rizières sur des pentes à 45 degrés

Ma A Chang, domicilié au village de Mong Sen, district de Sa Pa, province de Lào Cai, frise les 70 ans. Petite taille, cheveux blancs, allure leste, visage souriant…, il dégage un vrai optimisme. Orphelin à l’âge de 12 ans, Ma A Chang et ses six frères et soeurs ont dû travailler dans d’autres familles, sans toujours pouvoir manger à leur faim. Devenus adultes, ils ont cherché à défricher un brûlis pour leur propre compte, et mener comme les autres une vie nomade en se déplaçant de montagnes en montagnes. Une vie des plus précaires.

« Si l’on pratique la riziculture aquatique, on ne doit plus vivre de vie nomade », a-t-il dit à ses enfants le jour où il a décidé de créer une rizière en gradins au bord du ruisseau près de sa maison. Ses premières parcelles étaient très étroites, sur une pente abrupte. « Peu importe, pourvu qu’elles donnent un rendement élevé et permettent une culture à longue terme », explique le défricheur pionnier de la région. Ma A Chang est actuellement propriétaire d’un grand nombre de rizières. Il est même devenu le spécialiste local des rizières en gradins, qui conquièrent des pentes de parfois 45 degrés. Les paysans du coin viennent souvent lui demander des conseils avant de se mettre à l’ouvrage. À présent, les rizières en gradins couvrent d’innombrables collines à Sa Pa. Un superbe paysage qui fait la fierté des autochtones, comme de tous les Vietnamiens.

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