Les maisons françaises de Huê

palais-an-dinh

Le palais d’An Dinh, caractérisé par son architecture française.

Toitures de tuiles, hauts plafonds, volets à persiennes, sols carrelés, jardins généreux…, qu’elles sont belles les maisons françaises de Huê ! Au hasard des ruelles, les touristes prennent plaisir à découvrir ce patrimoine qui font le charme de l’ancienne capitale impériale.

Bien avant Saigon (Hô Chi Minh-Ville), Huê a été la capitale du Vietnam et les curiosités historiques nombreuses attirent de nombreux touristes comme les tombeaux des empereurs accessibles uniquement par bateau. Après la conquête de Hanoi en 1885, les Français s’installèrent à Huê, et un quartier français se mit à pousser au bord de la rivière des Parfums. Comme dans toutes les conquêtes coloniales, les soldats ont précédé les colons, et donc les premiers établissements furent des fermes et des hôpitaux. Dès l’établissement des premiers colons, le principal objectif était de faire fortune afin d’acquérir une certaine aisance avant de revenir en France.

Au fur et à mesure que la présence française se renforçait, des bureaux administratifs, des villas et des écoles sont apparus. S’inspirant des maisons jardins locales réservées aux aristocrates, les architectes construisirent ces bâtiments dans des espaces verdoyants pour une meilleure adaptation de leurs hôtes au climat chaud et humide toute l’année.

Une balade dans le quartier de Vy Da, De Kim Long permet de découvrir ce patrimoine exceptionnel. Les couleurs sont un peu défraîchies, des mousses ont envahi les toitures, mais ces villas ont gardé leur prestige. Il semblerait même que leur patine les rende plus belles encore…

Mariage des styles

Les maisons françaises de Huê n’ont pas imité servilement l’architecture locale. Parce que Huê est souvent la proie d’inondations, il leur a fallu s’élever d’un bon mètre. Les marches, en général au nombre de 5 à 9, de forme circulaire, leur donne un air distingué. Une cours spacieuse sépare l’habitat de la rue. De plafond élevé, les maisons comporte beaucoup de fenêtres, de différentes tailles, avec des volets à persienne. Même les jours de pluie, l’espace intérieur est lumineux.

Les propriétaires étaient soucieux de profiter de la nature locale, et entouraient leurs maisons d’un jardin spacieux, planté d’arbres pour se protéger du dur soleil des tropiques. Un jardin large mais peu profond. Sous ces latitudes, le vestibule est très haut et aéré. Chaque fois que le temps est très pluvieux, et qu’il est suivi par de fortes chaleurs, le plancher «transpire». Selon les anciens, «autrefois, les Français se préservaient contre les termites et de l’humidité d’une manière originale. Ils mettaient du carrelage sur le sol, importé de France, et ajoutait dessous une couche de sel de 20 cm».

À Huê, il n’y a pas d’hiver froid comme à Hanoi. Cependant, toutes les maisons ont une cheminée, décorée de façon méticuleuse. Ces derniers temps, les Huéens se sont pris de passion pour les maisons françaises. Alors que 2-3 taëls d’or suffisent à acheter une maison moyenne, certains ont dépensé 10 fois cette somme pour jouir d’une maison française ancienne. Un proverbe vietnamien bien connu dit d’ailleurs que les trois grands plaisirs sont : «Manger chinois, épouser une Japonaise et vivre dans une maison française» ! Malgré les décennies qui ont passé, le prestige de la villa française reste fort.

Deux centaines de maisons à conserver

Selon des données de 2011, il resterait à Huê 200 vieilles maisons datant de la colonisation française. Tous les ans leur nombre baisse car certaines sont dégradées à un point tel que la restauration est impossible ou trop coûteuse. Beaucoup sont dans un état de délabrement très avancé. Un faible nombre a été restauré, mais la plupart sans se soucier de conserver de l’architecture originelle. Dans l’imaginaire collectif, la «maison coloniale» évoque une grande demeure, confortable et luxueuse, mais la réalité est souvent différente. La plupart sont assez modestes et ressemblent plus à des fermes françaises moyennes qu’à des châteaux. Certaines sont le siège de bureaux administratifs, par exemple du Comité urbain du Parti de Huê ; d’autres, écoles à l’époque coloniale, ont conservé leur usage d’origine : école de Dông Khanh, université de Huê…, ce qui est plutôt remarquable.

Les voyageurs viennent au Vietnam pour y trouver une expérience différente. Ils attendent des découvertes culturelles. À Huê, ils sont servis! La beauté spéciale de cette ville ne repose pas seulement sur sa vieille citadelle impériale endormie et ses maisons-jardins. Les anciennes villas construites par les colons français il y a parfois plus d’un siècle méritent aussi le détour. Leurs maisons non seulement n’ont pas endommagé le paysage local mais il semblerait même qu’elles l’aient sublimé…

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