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Le jeu des balles d’étoffe pour la prospérité du Nord-Ouest

nem conLe nem con ou le « lancer de balles d’étoffe » est une fête des ethnies Thai, Muong et Tày du Nord-Ouest du pays. À la saison de floraison des bauhinies blanches – messagères du printemps, les montagnards se retrouvent autour d’un mât de bambou pour rivaliser de dextérité et faire le plein de chance pour l’année qui débute.

L’animation règne dès le petit matin sur un replat cerné de montagnes, à deux pas d’un village de Thai. Les villageois, vêtus de leurs plus beaux atours, se tiennent en cercle autour d’un mât de bambou au sommet duquel trône un cercle coloré.

Face à face, deux équipes – l’une de femmes, l’autre d’hommes – se lancent des balles ornées de rubans colorés, qui font penser à de petits dragons volants. Et l’assistance de s’exclamer chaque fois que la balle traverse le cercle et est rattrapée de l’autre côté.

Durant le premier mois de l’année lunaire, des fêtes du nem con sont organisées un peu partout dans les villages de Thai, Muong et Tày, dans la région montagneuse Nord-Ouest du pays. Ambiance effervescente, c’est le temps des grandes réjouissances de l’année, des festins, de la joie et de l’optimisme. Autant ne pas bouder son plaisir. À côté de l’aspect purement récréatif, le but du nem con est aussi de s’attirer les bonnes grâces des divinités durant l’année qui débute, avec au cœur des préoccupations le fameux « santé, bonheur et prospérité » commun à toute l’humanité, qu’elle soit d’Europe, d’Afrique ou d’Asie.

Concorde entre yang et yin

Personne ne sait depuis quand le jeu du nem con se pratique chez ces montagnards. Mais tout le monde s’accorde à dire qu’il est obligatoire lors des festivités communautaires. Les instruments sont des plus simples : un mât de bambou de 10-15 m planté au milieu d’un terrain plat, au sommet duquel est fixé un cercle de 40-50 cm de diamètre, et des balles d’étoffe. D’ordinaire, le cercle est recouvert des deux côtés de feuilles de papier, rouge (symbole du Soleil) et jaune (de la Lune). La boule, de la taille d’un orange, ronde ou carrée, est faite de tissu coloré. Elle renferme des grains de riz et de coton, deux espèces végétales assurant, respectivement, le manger et l’habillement. On ajoute ensuite à la boule une longue queue en tissu tressé agrémentée de rubans multicolores. Elle permet de faire tournoyer la balle et de l’envoyer sans trop d’effort à des dizaines de mètres.

Tout le monde participe aux préparatifs de la fête. Les hommes partent en forêt couper une longue tige de bambou. Les femmes, elles, confectionnent les balles et les décorent à leur gré.

La tradition veut que la fête du nem con débute par une cérémonie rituelle, où le patriarche du village se prosterne devant un autel érigé au milieu du terrain. Il saisit deux balles d’étoffe et implore les divinités d’exaucer les vœux de santé, de bonheur et de prospérité. Le culte fini, le patriarche les lance dans la foule. Ceux qui les attrapent sont garantis de faire le plein de chance pour l’année. Donc pas la peine de préciser que la lutte est féroce !

Des équipes se forment spontanément et jouent à tour de rôle. Chaque joueur (euse) a sa balle, et la lance de manière qu’elle traverse le cercle. À la fin de la fête, le patriarche exécute un dernier rite : il ouvre les deux balles d’étoffe bénites, retire les grains de riz et de coton, et les jette dans la foule. En attraper un assurera de la protection des divinités, dit-on.

« Que le bien vienne et que le mal s’en aille ! »

Chez les Thai, la boule d’étoffe symbolise le yang, et le cercle, le yin. En lançant la balle à travers le cercle, on exprime le désir de concorde entre ces deux forces, garantie du bonheur, de la prospérité et de la chance. Les couples sans enfant ne manquent jamais de participer au nem con, dans l’espoir de pouvoir après concevoir le bébé tant espéré.

Chez les Muong, l’aire de jeu du nem con est un aussi le lieu où l’on peut dévoiler ses sentiments envers une personne de l’autre sexe, et ce de manière assez subtile… Le vainqueur a le droit de conserver, en guise de gage, un objet du vaincu. Et comme par hasard les garçons sont toujours les perdants… Cela leur permet, après la fête, de se rendre chez le joli vainqueur pour quémander leur bien, et faire ainsi plus ample connaissance.

Chez les Tày, outre les vœux de santé et de bonheur, ce jeu printanier a un autre rôle : assurer des récoltes abondantes. Empaquetés dans les balles que l’on se passe de main en main, de l’homme (yang) à la femme (yin), ces grains de riz et de coton seraient, dit-on, les meilleures semences qui soient.

La fête nem con est un élément important de la vie culturelle et spirituelle des montagnards du Nord-Ouest. C’est en effet par l’intermédiaire de ce jeu printanier que l’on soude la communauté et formule ses vœux de Nouvelle Année, que l’on pourrait résumé par : « que le bien vienne et que le mal s’en aille ! ».

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